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Swiss Offshore Team : L’infatigable rêve d’un équipage suisse autour du monde

environ 9 heures

Entre la Suisse et la Bretagne, entre les Antilles et le Canada, entre les cirés et les présentations de projet : si vous cherchiez à suivre Alan Roura ces derniers mois, il vous fallait faire preuve d’endurance, d’adaptabilité et de ténacité ! Avec cet intarissable dynamisme dont il a le secret, le marin genevois continue à engranger les milles, tracer son sillage et créer des opportunités, pour mieux ouvrir demain la voie du large à de nouveaux talents suisses.

En course, il y a le vacarme des vagues qui martèlent la coque de carbone. Le « top » du départ, le cliquetis des winchs tournés à vive allure. Les foils qui sifflent, les consignes qu’on s’échange, le froissement des voiles qu’on hisse, les alarmes qui n’en finissent plus de sonner. Il y a les battements des cœurs qui cognent à l’unisson dans l’effort, et les souffles qui s’accélèrent dans ce concentré d’adrénaline.

À terre, c’est une bataille qui fait bien moins de bruit, mais requiert tout autant de discipline et d’engagement. Celle de mettre sur pied le rêve de la Swiss Offshore Team et prendre le départ en septembre 2026 de The Ocean Race Atlantic puis, en 2027, celui de The Ocean Race. Le graal d’un tour du monde en équipage, avec de marins helvétiques plus ou moins aguerris au large, cinquante ans tout juste après l’épopée de celui qui a tant fait rêver les Suisses, Pierre Fehlmann sur la Whitbread.

« Partage, transmission et union »

Ce projet, Alan Roura continue de le porter sans relâche, dans le prolongement de l’aventure lancée à l’été 2025 sur The Ocean Race Europe, qui avait permis à des marins comme Mathis Bourgnon, Jessica Berthoud, Felix Oberle, ou encore Lucie De Gennes de faire leurs tout premiers pas dans la cour des grands IMOCA. 

« Ce premier galop d’essai a été tellement positif et nous a tellement apportés en tant que collectif, se réjouit le marin genevois. Le partage, la transmission et l’union, qui sont les valeurs cardinales de ce rêve, sont au cœur de l’identité suisse, et de ce qu’elle a à montrer au monde. Nous avons des vrais talents, mais la filière s’est perdue entre le lac et l’océan. Il y a des passerelles à créer pour lancer des carrières, permettre demain à d’autres Suisses de briller au large. »

Avec humilité, le triple finisher du Vendée Globe, âgé de 33 ans seulement, ne se place « pas au centre du projet comme l’ancien qui aurait tout à apprendre aux autres, au contraire. Je pense qu’on peut tous grandir de cette expérience, moi le premier, et c’est pour cela que ce rêve me tient autant à cœur. Je veux juste mettre ma visibilité et mon expérience au service d’une histoire bien plus importante, et permettre à d’autres d’avoir la chance que j’ai eu. » 

« Les retours sont enthousiastes »

Un enthousiasme contagieux, qui essaime au fil des mois. « On multiplie les rendez-vous, les retours sont très positifs, se réjouit Aurélia Mouraud, co-fondatrice du projet, en charge du marketing et des partenariats. On a déjà des premiers engagements, on ne part pas de zéro, mais les prochaines semaines vont être déterminantes pour écrire la suite de l’histoire. On y croit, parce que notre expérience nous permet aujourd’hui de proposer un projet clé en main, avec un potentiel de notoriété important, mis au service de la Suisse et de sa jeunesse. »

Résolument optimiste, ou du moins convaincu que « chaque difficulté rencontrée doit être l’occasion d’un nouveau progrès », le marin genevois poursuit donc sa quête à terre, mais n’en perd pas pour autant son lien avec l’océan. 

« J’aime les histoires qui sortent de l’ordinaire »

Toujours animé par cette envie de se challenger, Alan Roura a ainsi multiplié les navigations, à commencer par un rôle de co-skipper sur la RORC Caribbean 600, à bord d’un Volvo 70 d’ancienne génération, mis à l’eau en 2008. « C’était la première fois que je participais à cette course de légende, donc rien que ça c’était une expérience géniale, se réjouit l’éternel passionné, qui a longtemps sillonné ce coin du monde sur le monocoque familial. Le bateau n’était pas vraiment en état de régater, on a eu une voie d’eau, un départ d’incendie, pas de moyen de mettre de voile sur le bout-dehors… C’est aussi ça la course au large, c’est l’école de la débrouille, ça oblige à être polyvalent, et ça m’a rappelé d’où je viens ! Humainement aussi c’était une belle expérience, nous étions quinze à bord, ça donne toujours de bonnes anecdotes à raconter ! »

En mai, c’est une autre route inédite qu’Alan Roura a empruntée, pour un convoyage de l’IMOCA Canada Ocean Racing de Lorient vers Québec. « C’était une super opportunité sur ce bateau de dernière génération, qui a fait 3e sur le Vendée Globe 2024 avec Sébastien Simon, souligne le marin. C’est à la fois un bateau hyper exigeant, et en même temps hyper facile parce qu’il n’y a pas tant à tirer dessus pour qu’il aille vraiment très vite, c’est impressionnant ! Et là encore, je n’avais encore jamais navigué dans ce sens-là vers le Saint-Laurent, c’était un spectacle incroyable de la nature. »

De retour sur le Bol d’Or du Léman

Enfin, le dernier engagement nautique pris par Alan Roura lui est un peu plus familier. Pour la sixième fois, le Genevois prendra le départ du Bol d’Or samedi 6 juin, en tant que skipper du Libera Carondimonio, vainqueur surprise en monocoques l’an passé ! « C’est un bateau franchement atypique, vraiment particulier à voir sur le lac Léman, mais j’aime les histoires qui sortent de l’ordinaire, celles qui permettent de faire des jolis coups même quand on ne t’attend pas, alors j’ai tout de suite dit oui à leur invitation ! C’est un équipage de jeunes là aussi, donc de la même manière que ce qu’on fait avec la Swiss Offshore Team, je vais essayer d’apporter mon petit bagage, et continuer d’apprendre sur des supports complètement différents. » 

Une philosophie d’humain et de sportif dans la droite ligne d’un Thomas d’Aquin : « Il est plus beau d’éclairer que de briller seulement ; de même, est-il plus beau de transmettre aux autres ce qu’on a contemplé que de contempler seulement. » 


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